18.05.2012

A VOS OREILLES!(1)

Autour de VERDI et de LA TRAVIATA


podcast

 

(La TRAVIATA-ouverture)
 

Le 6 mars 1853,un vent frais souffle sur Venise.

 

Un défilé de calèches s'arrête devant le Théâtre de LA FENICE,puis reprend sa course.

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Cette foule bigarrée de crinolines et chapeaux claque,vient assister à une première représentation : elle vient écouter le cri d'amour de Violetta,une courtisane  surnommée "LA TRAVIATA",ou "femme dévoyée".

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 Le thème est hardi pour cette époque du XIX° siècle étouffant sous les moeurs bourgeoises où les maris s'encanaillent dans des garçonnières.

En France,il ya 4 ans une affaire a agité les gazettes, passionnant Hugo et MERIMEE,levant le voile sur des souffrances muettes:un pair de France a poignardé son épouse,fille de maréchal.Chocking dans ce milieu!!!

Le Code bourgeois n'a pas été respecté.

Mais je m'égare,je m'égare..

VERDI est songeur en cette soirée du 6 Mars 1853...

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Quel sort sera réservé à cet opéra?Oui, il s'est inspiré de la pièce "La dame aux camélias" d'Alexandre DUMAS fils, qu'il est allé voir jouer à PARIS, au bras de sa compagne, la cantatrice Giuseppina STREPPONI.
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(portrait de Giuseppina STREPPONI)

 Marguerite GAUTIER l'a ému ;il aime ces femmes passionnées comme Giuseppina  qui n'a pas hésité à abandonner mari et enfants pour le rejoindre.Il aime cette incandescence des sentiments.

 

Peut -être pense-t-il aussi à ses enfants et à sa première épouse ce soir là qui ne ressemble à aucun autre.

Le sort, le '"destino" a été bien cruel,lui arrachant ses "deux petits" Virginia et Cilio Romano;il pense à Margherita qu'il a épousée en 1836 alors qu'il n'était âgé que de 23 ans.

 

 

1836-1840: espace de temps où ses trois êtres chers vont lui être ravis.

 

La musique qu'il a songé à abandonner dans un grand moment de solitude et de désarroi devient son ultime refuge.."Les chants désespérés.."

 

En 1842,son oeuvre " NABUCCO" a connu un vif succès à "La SCALA" de MILAN....

 

 

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VERDI pense aussi à son père,modeste aubergiste dans une petite ville de province,près de PARME ,ce père qui a deviné les dons de son fils pour la musique ( peut-être résonnent encore les airs populaires italiens  chantés par les voyageurs de passage..).

 

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(Maison natale)
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Ce père fier de son rejeton qui à l'âge de 12 ans succède à l'organiste du village.
Oui,Giuseppe est songeur en cette soirée du 6 mars 1853.
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Violetta est une courtisane, la censure a imposé que l'action scénique se déroule au XVIII° siècle et non au XIX°.
La morale bourgeoise sera sauve...
Comment cela sera-t-i reçu?
Mal:ce fut un échec retentissant :
"Oeuvre pleine d'obscénités, horrible et sale"..(Presse de l'époque)
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Est-ce le sacrifice accompli par Violetta pour satisfaire aux règles bourgeoises de l'époque qui explique cet échec?
VERDI ne le pense pas;c'est bien plus un concours de circonstances malheureux: le ténor était enroué, la "gourgandine" était bien trop gironde pour une phtisique...
Le public riait.
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Mais le 6 mai 1854,la nouvelle représentation remportait un vif succès non démenti à ce jour.
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Et si nous rejoignions Violetta et Alfredo...Il est temps.(Merci d'écouter l'intégralité de l'ouverture qui développe les deux thèmes principaux de l'oeuvre:l'amour et la mort).
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15.05.2012

LE PASSAGE.

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(Où suis-je?)
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podcast

 

Sur l’électrophone TEPPAZ, le boléro de RAVEL ou peut-être la cinquième symphonie de BEETHOVEN ponctuait ces matinées étales, exsangues, des dimanches au pensionnat

 

Sur quatre rangées s’alignaient les bureaux au piètement chromé, arrondi.

Penchées sur les courbes sinusoîdales ou les tables de logarithmes (je ne sais plus ce que ces mots savants signifient, mais j'aime...), les jeunes filles éduquaient en même temps leur oreille.

Moi, ça me" barbait "ce consensus musical ; mon amour pour la musique encore en état de gestation, se révèlerait et se réveillerait bien plus tard.

 

Comme une imposture faite à ce silence contraint, une interpellation mobilisa l’attention de la jeune assemblée :

 

« Ma Mère, ELLE a volé mon stylo ; il n’est plus dans la trousse ! »

 

ELLE, c’était moi, 11 printemps dans la tête accrochés à la partition de mes rêves bourgeonnants  que je n’aurais pas vendus pour un vulgaire Bic.

 

Le doigt accusateur me valut d’être consignée dans cet espace clos, étouffant,sans ouverture pour voir voler l’oiseau,espace d’humiliation enclavé entre la salle privée des sœurs et l’escalier de pierre en colimaçon menant à la chapelle :LE PASSAGE.

 

Le défilé pouvait commencer : 12 « nonettes », franchissant ce passage, douze regards dévisageant la coupable (la présomption d’innocence n’existait pas à l’époque...) qui devait baisser la tête, humiliation nécessaire pour mériter le pardon rédempteur !!

 

Un seul regard, blessé, le mien.

Mais... la tête relevée comme un défi à ce cynique rituel.

 

 

 

C’était un dimanche pas comme les autres au pensionnat.

 

 

 

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(photo internet du pensionnat.La fenêtre à droite est celle donnant sur la salle privée à proximité du "passage").
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(NDLR:ai-je besoin de vous dire que je n'ai point volé le stylo.Ce sentiment d'injustice n'est pas étranger à certains de mes choix de vie...)

13.05.2012

La chevrière

Nous étions prévenus:il ne fallait surtout pas enlever la chaîne délimitant l'accès au gîte qui se trouvait sur l'itinéraire suivi par la chevrière;ses chèvres en effet, d'humeur vagabonde,pouvaient investir la propriété, s'installer sur les murets bordant le bois.

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(le gîte)
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Le lendemain de notre arrivée, à l'aube ( j'exagère...un peu plus tard..) nous entendîmes des bêlements ponctués de " Mila Dius"Mila Dius" ( Mille Dieu):une voix très affirmée où s'exprimait toute l'autorité ( controversée d'ailleurs par le troupeau), d'une femme trapue...,de plus de 80 ans, vêtue comme un homme.

Elle vivait à 500mètres de chez nous..enfin.."ils" vivaient car la maison était une véritable arche de Noé.

Je n'en croyais pas mes yeux, je remontais le temps devant un tel spectacle:dans la rue, devant la maison, une dizaine de coqs poursuivis par des poules hardies;c'était un va et vient incessant  de chevreaux ,de chats,de canards qui franchissaient le seuil.Et tout ce petit monde vivait heureux.Pas de voisins:impossible tellement l'odeur de toute cette ménagerie imprégnait la rue pourtant bordée de très jolies maison de pierres ,abandonnées aux glycines,ronces, dissuadant tout investisseur potentiel.

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(dessin de l'amie Virginie)
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J'ai pu savoir que l'hiver, la chevrière dormait avec ses canards, que le Maire du village l'avait "déplacée "quelques temps pour " assainir" la maison en faisant notamment installer une douche qui...dès le troisième jour de son installation, servait de mangeoire pour les animaux!On m'a raconté qu'un soir d'hiver, elle s'était résignée à appeler le vétérinaire car le bouc qu'elle chérissait était tombé sérieusement malade.Le vétérinaire donnait peu de chance de survie à la bête mais il fut conseillé de la maintenir au chaud.

La chevrière se blottit la nuit contre l'animal:ce remède sembla redonner de la vigueur car le lendemain, le bouc fut guéri.

 

 

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(à proximité du gîte)

08.05.2012

LA FACE CACHEE..

...du ROI SOLEIL.

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(Jean-Baptiste LULLY -1632-1687-Marche pour la cérémonie des Turcs - extrait de la comédie- ballet "le Bourgeois Gentilhomme")


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Nous sommes en Février 1709.
Il fait froid en France, très froid,moins 20°,le vin gèle dans les carafes.
Le cardinal MAZARIN est mort  depuis 48 ans,déjà..
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Le Roi, vieillissant, songe à son enfance:il avait à peine 5 ans lorsque son père le Roi LOUIS XIII meurt.
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Oui, il avait eu  bien de la chance d'avoir pour parrain ce Cardinal (qui n'avait point été ordonné prêtre..et oui!), né en Italie ,passionné par les Arts, faisant venir en France nombre de ses compatriotes,architectes,chanteurs,"héros" issus de la comedia dell' arte..
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Louis voit défiler devant lui ce SCARAMOUCHE qui le faisait tant rire aux éclats: SCARAMOUCHE tout de noir vêtu, amoureux des femmes et du vin ( oui, c'est compatible...),confiant ses déboires à POLICHINELLE.
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Les souvenirs se succèdent  ..
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Il pense à  Marie CONCINI, la nièce de MAZARIN:il en était éperdument amoureux..mais raison d'Etat oblige....
Cependant,il a toujours gardé en mémoire  les héros romanesques qu'elle lui fit découvrir.
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Et cet Alexandre le GRAND qu'il admirait..
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Il est évident que tous ces personnages ont nourri son imaginaire et developpé son sens artistique.
Il fut un danseur émérite.
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La danse étant une composante essentielle de l'éducation d'un gentihomme,son entraînement quotidien s'élevait à 2 heures!
Il s'entraînait à s'en rendre malade et parut  dans 21 spectacles.( dont un "le Ballet de la nuit "où il apparaissait vêtu d'une robe avec des petites  ailes dans le dos!)
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Le roi joue de la guitare, du clavecin;il danse devant la Cour.Tout est Musique à VERSAILLES:musique pendant les repas,musique dans les jardins,musique aussi le soir , au chevet de Louis, lorsque les courtisans on quitté sa chambre.
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On ne peut parler du monarque sans l'associer à Jean-Baptiste LULLY,cet italien devenu Surintendant de la Musique du
Roi.
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Les liens les unissant étaient-ils amicaux ou simplement ceux d'un Maître avec son serviteur?
Lousi XIV dansa aux côtés du baladin,dans sa jeunesse.
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Ecoutons un chroniqueur de l'époque:
"Rien n'égalera l'intimité,la connivence existant entre louis XIV et jean-Baptiste lULLY,le baladin et le bouffon de ses jeunes années,le surintendant et le potentat de la plus belle période du règne.Lully divertissait infiniment le Roi par sa musique,par la manière dont il l'exécutait lui-même et par ses bons mots."
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Lors de la naissance de la tragédie lyrique ,le Roi ne dansait plus. Les livrets, reflets de la Cour ,crèèrent parfois des incidents diplomatiques.
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la célèbre comédie-ballet ,"
LE BOURGEOIS GENTILHOMME",
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fut commandée par Louis à MOLIERE et LULLY:Le roi voulait un " ballet turc ridicule",car il avait été affecté par le mépris que lui avait manifesté  l'ambassadeur du Grand turc (le sultan ottoman d'Istambul),Soliman AGA,lors d'une réception donnée en son honneur à VERSAILLES en 1669.
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La comédie ballet fut jouée avec MOLIERE dans le rôle de Monsieur JOURDAIN et LULLY dans celui du Grand Muphti.
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http://www.site-moliere.com/ ( excellent site sur MOLIERE où vous pourrez lire,si cela vous " chante" ,les oeuvres de ce grand auteur)

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Mais Madame de MAINTENON arriva dans la vie de Louis...

 

Lully fut mis en semi-disgrâce après  un affaire qui fit du bruit ( L'affaire BRUNET - interdit aux plus de 50 ans)

 

 

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Voilà..fin de l'épisode sur une chanson écrite à cette époque par un anonyme.

 


podcast

 

 

"Une jeune fillette

de noble coeur,

Plaisante et joliette

de grand'valeur,

Contre son gré on l'a rendu'nonnette

Cela point ne luy haicte

dont vit en grand'douleur."

 

 

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Ma quale dolore!!!!

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(Images Internet)



01.05.2012

BRINDILLE

 

J'associe à cette note Paulette ,Jocelyne et Christiane,mes cousines qui font partie de ces doux souvenirs d'enfance à la campagne...

 

 

 

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J'ai toujours aimé Le regarder, L'écouter "respirer"

 

Je m'asseyais sur le banc de facture grossière,un peu en retrait dans l'âtre, les pieds maintenus  bien au chaud dans des charentaises à gros carreaux.

J'aimais sentir l'odeur de la soupe dans le chaudron noirci par la fumée;j'aimais ce silence que seul venait interrompre la vieille comtoise égrenant son " tic tac" régulier.

J'écoutais  le crépitement exhalant l'âme des vieux chênes et ne détachais pas le regard de la lente combustion, de ce rouge qui se noie dans un gris d'argent.

Enfin,j'"allumais" la brindille, épiant l'instant où  la flamme cèderait la place à ce minuscule point rouge pour, d'une main assurée,la faire tournoyer en cercles incandescents!

 

C'était une journée d'hiver chez ma grand'mère à la campagne,j'avais 6 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29.04.2012

CHRONIQUE DES ANNEES FOLLES(4)


podcast

 

 

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Ce printemps 2006 ( plus de 25 ° à l'ombre en ce début du mois d'avril ) avait chassé un hiver ayant semblé interminable.

Les rayons du soleil s'attardaient sur les lilas  formant une haie odorante dans ce lieu mythique du Boulevard du Montparnasse:

La CLOSERIE DES LILAS.

 

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Guillemette de BOURSICROTIN s'était installée à la terrasse et offrait ainsi son visage aux  premiers rayons du soleil.
A deux mètres d'elle, venait de s'asseoir la" fameuse" KIKI de MONTPARNASSE,l'égérie de MAN RAY.
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(Le violon d'Ingres-MAN RAY-1924)
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Grâce à une indiscrétion,Guillemette avait pu savoir que Kiki rasait ses sourcils puis les redessinait en appliquant 3 ou 4 tons de vert différents jusqu'à ce que son ombre à paupière aille avec sa robe!..coquetterie de l'éternel féminin....mais Alice PRIN ,dite Kiki ,était une artiste...
Penchant délicatement la tête, comme "si de rien n'était",Guillemette pouvait surprendre quelques bribes de la conversation échangée entre Kiki et l'un de ses amis dont elle était probablement  la muse.:
Tu sais," je suis née octobre 1901 dans un joli coin de la Bourgogne.
Ma mère avait dix-huit ans et son amant, mon père, dix-neuf ; elle était pauvre, il était riche ; beaux tous les deux.

Mon père fut obligé, plus tard, par ses père et mère, de faire un mariage de raison avec une fille de ferme qui avait du bien.

Quant à ma mère, elle cacha "sa faute" à son père jusqu'au dernier moment. Mon arrivée n'était pas désirée !

Quand je m'annonçai, ma mère était à quelques mètre de chez elle ; les douleurs l'ont forcée à s'asseoir au bord du trottoir.
J'avais déjà la tête dans le ruisseau, mais ma mère s'obstinait toujours à ne pas me laisser passer. Le cordon autour du cou, je commençais déjà à violacer quand le hasard a voulu que j'aie une chance pour moi.

Mon futur parrain qui venait aux nouvelles a vu le tableau ; il a engueulé ma mère et lui a dit :

"Marie, laisse-la donc passer, l'Alice."

"L'Alice, c'était moi !"
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Quel chemin parcouru pour cette" bâtarde   née dans le ruisseau", cette "petite " bourguignonne devenue le modèle des peintres les plus prisés:MODIGLIANI,MAN RAY dont elle était la compagne.
Autour d'elle gravitaient SOUTINE,André BRETON,PICABIA,ARAGON, ELUARD....
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Oui, Guillemette aimait ces personnalités féminines affirmées .A l'instar de son "aînée Suzanne VALADON ( mère de Maurice UTRILLO)Kiki,peignait .De sacrées bonnes femmes pensait Guillemette...
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(Alice PRIN ou KIKI de MONTPARNASSE-Gustaw GWOZDECKI -)
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Elle affichait un plaisir non dissimulé à se trouver dans ce lieu mythique où  de nombreuses anecdotes affleuraient sa mémoire.
Ajustant sa chevelure dite " garçonne" dans le reflet de l'une des vitres du café,elle  se souvint de l'une de ces anecdotes :
Alfred JARRY-mort depuis 19 ans-,pour attirer l'attention d'une jeune femme qui manifestement ne s'intéressait pas à lui, tira à blanc avec son revolver dans l'une des glaces ;ce geste de pure folie accompli,JARRY s'était adressé en ces termes à l'ingénue
"Maintenant que la glace est rompue,causons".
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Elle aimait cette forme d'humour;Athanase en était pourvu.;elle avait ainsi succombé à son charme.
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Ah,Athanase de BOURSICROTIN!!! Guillemette fut interrompue dans ses méditations "conjugales",par l'agitation consécutive à l'arrivée d'un habitué du quartier,Paul FORT,
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qui venait de s'installer à sa gauche;deux amis l'accompagnaient..
Tous trois  parlaient du dernier " bouquin" écrit par FITZGERALD,"GATSBY le magnifique"
dont la rumeur disat qu'il en avait fait lire le manuscrit à HEMINGWAY, fidèle habitué également de la CLOSERIE.
Pour avoir un peu moins chaud,Guillemette s'installa "dos au soleil":elle aperçut alors,lui faisant face,le célèbre écrivain  ayant écrit sur l'une des tables de bistrot le roman dont elle avait terminé la lecture la veille " Le soleil se lève aussi".
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(Ernest HEMINGWAY)
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OUi, c'était une bien belle journée.elle savourait ce plaisir simple quand deux mains saisirent avec surprise ses épaules, ce qui la fit sursauter :enfin, Faustine était arrivée! ( NDLR:pour ceux qui ne connaîtraient pas cette délicate jeune personne,  cf le  N° 2 des chroniques).
Toutes deux avaient décidé de passer la soirée "entre femmes" pour aller assister à une représentation de la revue nègre.
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La soirée allait être chaude avec Joséphine!
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24.04.2012

CHRONIQUES (3)

des années folles.

 


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Confortablement installé dans son fauteuil - pâle imitation du fauteuil CHAREAU,(cf chroniques N°2)-Athanase écoutait la fin de la retransmission sur Radio PARIS d'un match de boxe à la salle Wagram.
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Il était un des rares privilégiés à posséder un poste radio,véritable innovation technologique,témoin de l'esprit inventif de ce premier quart de siècle :Radio Tour EIFFEL, la première, née en 1921, suivie de radio PTT,Radiola..
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L'émission terminée, Athanase demeurait songeur:après la folie meutrière de la guerre,il assistait à une profonde mutation du monde.Dans un tourbillon d'effervescence, son pays s'ouvrait aux influences multiples.
"Même "la femme changeait:elle devenait indépendante, active.N'avait-elle pas
constitué une véritable force économique alors que les hommes étaient au combat?
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Et Guillemette , malgré son apparente frivolité avait changé elle aussi..
Elle venait d'achever la lecture de ce fameux roman qui valut à son auteur, Victor MARGUERITTE
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d'être déchu  de la légion d'honneur.
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Elle avait apprécié le  récit de cette femme libérée qui  dénonçait l'hypocrisie bourgeoise et multipliait les transgressions.
Athanase, consentant bien plus que résigné regardait à présent évoluer devant lui cette jeune épouse qui avait sacrifié sans hésiter sa longue chevelure relevée en chignon pour une coupe au carré dite " garçonne".
Le corps, désormais libéré du corset, s'épanouissait sous des robes fluides,les jambes se déployaient.
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(photo "maison"-la "mémé Juliette" de JB et Marie)
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Athanase approuvait ce renouveau;il se souvenait avoir été en conflit en 1922 avec René ,ce  sénateur faraud ( qui devrait épouser bien plus tard Sophie,pas encore née, l'amie de Roro),s'étant opposé au projet de loi permettant aux femmes de voter.
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Interrompant ses méditations,il se leva d'un bond,enlaça  Guillemette qu'il emmena dans une danse exagérément chaloupée;il aimait bien s'amuser, la taquiner..aussi se mit-il à chanter la célèbre chanson de DREAN,"Elle s'était fait couper les cheveux".

podcast
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Guillemette se détacha  dans un éclat de rire de cette étreinte "frénétique":elle devait se préparer car elle avait rendez-vous en début de soirée avec sa bande de "copines" pour aller danser le charleston au célèbre cabaret " Le Boeuf sur le toit".
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La soirée allait être chaude!!!!
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23.04.2012

CHRONIQUES (2)

 ...des années folles.

 
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Athanase de BOURSICROTIN se laissa tomber lourdement sur le lit,épuisé.
Cinq ans s'étaient écoulés depuis la soirée passée à écouter les "Mitchell's Jazz Kings" ;la compagnie de Dagobert BUFFET -CRAMPON venu les rejoindre avait été fort agréable.
La fatigue semblait avoir épargné Guillemette qui interrogeait cependant le miroir posé sur son socle  marqueté en ivoire dans la chambre bleue. Lui renvoyait-il cette image décrite par Colette:
« ...vue de dos, elle a dix ou douze ans, comme beaucoup de femmes d’aujourd’hui. De face elle semble un peu fatiguée de jouer si longtemps à la petite fille "
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Guillemette se souviendrait de cette journée..folle!
En ce matin pluvieux du printemps 1925,elle avait eu raison de l'apathie ( peut-être légitime) d'Athanase;elle l'avait convaincu d'aller visiter l'exposition des arts décoratifs inaugurée deux jours auparavant,le 29 Avril.
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L'esprit vif,curieux de la jeune femme surprendrait toujours Athanase..
Et c'est ainsi qu'en ce 1er mai ,ils avaient franchi la " rue des boutiques" enjambant le pont Alexandre  III
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La pluie "faisait des claquettes" sur l'Esplanade des Invalides
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Guillemette était sensible à ce nouveau souffle de modernité semblant faire un pied de nez à l'Art Nouveau décrié désormais pour ses "formes molles" ,de "style nouilles".
Cette exposiiton consacrée à l'art du décor était un véritable répertoire architectural.
Après avoir franchi l'une des 4 portes monumentales permettant d'accéder à ce territoire né de l'imaginaire des plus grands créateurs,ils avaient rejoint la foule rassemblée devant le pavillon édifié au coeur de l'Esplanade,le pavillon du célèbre collectionneur Jacques-Emile RUHLMANN.( qui allait réaliser l'intérieur du Palais de l'Elysée,le musée des Arts d'Afrique et d'Océanie..)
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Guillemette était une femme "moderne";elle aimait cette nouvelle expression de l'art faite de lignes droites, de symétrie.Les dessins s'inspiraient de ce nouveau mouvement que l'on appelait le " cubisme" ( elle irait d'ailleurs visiter une expo que lui avait recommandée l'épouse de Dagobert, Faustine :une femme qui avait su tirer leçon des douloureuses années marquées par la guerre.Oui, Faustine travaillait,elle était institutrice et depuis 1913 elle avait salaire égal avec ses collègues masculins! Guillemette appréciait sa compagnie).
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(Pavillon RUHLMANN dit "du collectionneur")).
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Guillemette aimait l'audace dans l'emploi de nouveaux matériaux,tels que le plexiglas, l'acier poli  ou chromé,l'ivoire
Décidément ce  Ruhlmann exécutait de véritables chefs-d'oeuvres de marqueterie avec des bois d'importation nouveaux : l'ébène de
Madagascar
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(RULHMANN)
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Un " florilège" d'oeuvres d'artistes éminents  était rassemblé dans le pavillon de l'Ambassade Française:Pierre CHAREAU,qu'elle affectionnait particulièrement ,étonnant de modernité,un artiste prestigieux qui laisserait une empreinte sur ces années dites...folles.
 

 

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(Bureau-Pierre CHAREAU-Pavillon de l'Ambassade Française)
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Marchant d'un pas alerte ,Guillemette précédait Athanase qui avait du mal à dissimuler un certain agacement lorsqu'ils arrivèrent au pavillon de l'Esprit Nouveau ,consacré à cet architecte de génie:Le CORBUSIER.
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Mais....un ronflement à peine perceptible, trahissant cependant l'épuisement dû  à cette journée folle, parvint aux oreilles de Guillemettte:Athanase s'était endormi tout habillé!
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21.04.2012

CHRONIQUES

..des  années folles.

 


podcast

 

Il s'agit ici d'une  série de notes que je reprends, dont le titre est en partie emprunté à un arverne ,un ami que vous connaissez tous,car il est toulours parmi nous,le "tonton bouttu"

 

Une idée, folle , bien entendu,m'était venue de vous embarquer  pour un voyage au temps de ces années particulièrement fertiles.

Nous parcourrons ainsi  les chemins de la mode, l'architecture, la musique,la peinture etc. 

Afin d' effectuer cette remontée du temps, et pour éviter d'être ennuyeuse,je relaterai les morceaux de vie d'une famille ,Athanase et Guillemette de BOURSICROTIN, sous la forme de " chroniques".(toute ressemblance avec une parentèle de BOURSICROTIN ne serait que pure coïncidence)

 

 

Dois-je vous dire que je me suis régalée?

 

Installez-vous..et dansez sur un rythme de charleston.

 

 

 

Qui m'aime me suive!

 

 

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Il ajustait son chapeau melon pour la énième fois et ses gestes précis se faisaient de plus en plus nerveux, saccadés, trahissant un agacement mal contenu.

 

Et cette Guillemette qui n’en finissait pas de lacer son corset en coutil !

 

Quand ce supplice prendrait-il fin ?

 

Rue de Rivoli, lui avait-elle dit, elle avait entendu parler d’une certaine Gabrielle CHANEL -dite "Coco"-qui allait bientôt libérer la femme de toutes ces contraintes inutiles.

 

 

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Décidément ses pieds la faisaient souffrir.

  N’avait-elle pas passé l’après-midi au Jardin des Plantes, s’épuisant à canaliser l’énergie de leurs 3 petits, Apolline, Désiré et Boniface

 

Elle avait fait preuve d’un certain courage car en ce 18 Décembre 1920, la température était descendue à moins 10°.

 

 

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En remontant le Boulevard de l’Hôpital, elle s’était arrêtée devant le kiosque tenu par Mademoiselle Gilberte pour acheter « Le Petit écho de la mode ».

 

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Les 3 enfants raffolaient de la page qui leur était réservée « Lili et Guignol ».

 

Oui..La journée avait été bien remplie.

 

Mais cela n'avait pas altéré son enthousiasme .Ce soir, en effet , son ravissement était à son comble car  Athanase avait réservé une table au cabaret pour écouter ce groupe de jazzmen venu des Etats-Unis,les MITCHELL'S JAZZ KINGS.

 

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Elle aimait cette nouvelle manière de concevoir la musique…

 

Peut être était- ce là qu’elle trouvait l’écho de ce qu’elle avait toujours voulu être : une femme, libre.

 

Athanase s’impatientait.

 

Elle enfila à la hâte son nouveau manteau aux motifs géométriques et couvra son chef d’un chapeau cloche.

 

La soirée s’annonçait animée et  ce d’autant plus qu’ils avaient rendez-vous avec le fils cadet de Monsieur BUFFET CRAMPON!

 

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16.03.2012

ERREUR JUDICIAIRE( fin)

A TOULOUSE,AU SIECLE DES LUMIERES.

" Je ne mangerai pas des fruits de l'arbre de la tolérance que j'ai planté...mais vous en mangerez un jour".

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Il a 64 ans  en  1758 lorsqu'il décide de se fixer à FERNEY,en Suisse , car à la Cour du Roi de France il est " persona non grata",le Roi ne veut pas le recevoir.

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Comme il est agréable ce hameau de 200 âmes!
Voltaire s'érige en véritable architecte:il fait construire châteaux,chapelle et pour que le hameau devienne village,il fait édifier des maisons bordant la rue centrale.
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Jean CALAS a été exécuté le 10 Mars 1762 après un supplice barbare , clamant toujours son innocence:
C'est ce que rapporte au "Patriarche " un négociant marseillais,de passage à FERNEY.
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Le 4 avril, sachant où porter ses coups, Voltaire lançe la campagne de réhabilitation:

"Mes chers frères, il est avéré que les juges toulousains ont roué le plus innocent des hommes. Presque tout le Languedoc en gémit avec horreur. Les nations étrangères qui nous haïssent et qui nous battent, sont saisies d'indignation, jamais depuis le jour de la Saint-Barthélemy rien  n'a tant déshonoré la nature humaine. Criez et que l'on crie."

Et il va ""crier"!

Il faut mobiliser l'opinion ?  et bien créons une association:toute une infrastructure est alors mise en place;c'est une véritable ruche chargée de se procurer tous les documents afférents au procès.

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Il écrit sans relâche ,Voltaire, aux plus hautes autorités administratives.

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Sa table est réputée aussi:il reçoit jusqu'à 80 convives;pour cette occasion,il revêt souvent un habit mordoré rouge avec des galons d'or cousus sur la veste.

 

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Il sait recevoir:les assiettes portent ses armoiries..

Il parle à ses convives de "l'Affaire CALAS".

A la fin du repas,les gens font la fête ,dansent, mais lui a mieux à faire:il se retire très vite dans sa chambre et écrit ,écrit sans relâche;il rectifie les mémoires des avocats qu'il a conseillés à cette courageuse Madame CALAS qui,sur ses recommandations, "monte" à Paris, elle qui n'avait pas franchi les portes de Toulouse.

 

 

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Il "utilise" ses relations sollicitant un concours financier  à  la Grande Impératrice Catherine II de Russie et Frédéric II :tous deux répondent favorablement à sa requête.
Faut-il "émouvoir" le cardinal de Richelieu, Madame POMPADOUR ?il les contacte!
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Diderot le soutient " du bout des lèvres":il est trop occupé à la rédaction de l'Encyclopédie.
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Voltaire s'engage à fond dans cette démarche de réhabilitation:il fait publier  ses correspondances, le jugement, le mémoire fort complet de Donat CALAS,l'un des fils de jean CALAS ( non présent le soir du drame)
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Donat,réfugié en Suisse, est très impressionné par la personnalité de cet "intellectuel", le premier à intervenir dans une affaire judiciaire.
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Ce qui hante le philosophe, c'est la quête de la vérité
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"Je veux savoir de quel côté est l'horreur du fanatisme".
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Et cette quête sans relâche, portera ses fruits:
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Le 1er mars 1763,la Cour de CASSATION déclare recevable la requête en réhabilitation et se fait communiquer tout le dossier procédural du Parlement de Toulouse.
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Le 9 mars 1765,intervient A L'UNANIMITE, l'arrêt de réhabilitation de Jean CALAS
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Voilà,j'ai pris un grand plaisir à établir les notes sur l'affaire CALAS et je tiens à vous remercier pour l'intrérêt que vous y avez trouvé, ce qui est gratifiant pour le travail que j'ai investi.

 

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"EPILOGUE"

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Des erreurs judiciaires,notre Histoire en est jalonnée.



Tout le monde se souvient de" l'Affaire d'Outreau", et de la comparution du jeune magistrat devant la commission parlementaire "ad hoc".

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A l'époque, vivement impressionnée par un certain "lynchage médiatique" ,j'étais intervenue sur le forum d'un grand quotidien et voici ce que j'avais écrit:

 

"Comment ne pas penser que l'inexpérience a été le moteur du comportement " déshumanisé" de ce jeune juge? Face à des avocats à la réputation avérée,à la pression médiatique,à l'assurance d'un procureur expérimenté et intelligent, il a caché sa fragilité intrinsèque d'homme derrière une autorité dont il n'a point contrôlé les excès.Je ne pense pas que son attitude était convenue au procès;il avait peur.Son émotion était réelle".

 

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Fragilité de la Justice....

 

 

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(les photos ,à l'exception du buste de Voltaire et du tableau " le repas des philosophes", sont extraites du livre édité à l'occasion de" Cinq Siècles de Justice à Toulouse").

 

13.03.2012

ERREUR JUDICIAIRE (suite2)

A TOULOUSE, AU SIECLE DES LUMIERES
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Malgré l'arrêt  du Parlement de TOULOUSE sanctionnant la décision des capitouls et l'espoir d'un nouveau procès qui pourrait enfin restaurer la Vérité,tout concourt pour que Jean CALAS soit un meurtrier.
Oh,oui, il a eu tort ,lors du premier interrogatoire sur "l'infâmante sellette "(petit siège en bois)de prétendre que
son fils avait été assassiné...
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Certes..
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Mais imagine -t-on un instant le sort qui était réservé aux suicidés à cette époque (XVIII°):non seulement un procès était fait au cadavre mais encore,il était transporté nu,sur une claie,face contre terre, dans les rues de la ville!
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Comment un père  chérissant son fils aurait -il pu  supporter cette  infamie!!
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Conseillé par un avocat ,Jean CALAS le lendemain de son arrestation, abanbonne la thèse du meurtre et parle enfin du suicide de son fils .
OUi, Marc-Antoine vivait très mal le fait de ne pouvoir intégrer le corps de la mgistrature réservé aux seuls catholiques.Le droit, c'était sa passion!
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Mais les "accusateurs" combattent farouchement la thèse du suicide;ils n'hésitent pas:entre un parricide et un père déchiré par la fin tragique de son fils, ils "choisiront" le premier.
D'ailleurs Marc- Antoine est mis en terre selon le rite catholique.
Des funérailles solennelles sont célébrées dans laCathédrale Saint ETIENNE le 18 Novembre
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Un nouveau procès va s'ouvrir:nouveau procès,nouvel espoir?
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Comment prendre du recul par rapport au " monitoire", cette façon de procéder contraire à toute idée de Justice: lors de la messe,le prêtre lit à ses fidéles une série de questions ( très orientées)  et les oblige à déposer sous peine d'excommunication!
Dans ce contexte,87 dépositions affirmant la conversion de Marc-Antoine au catholicisme seront soumises à l'examen du parlement!
Les questions posées  en cours de procédure aux témoins ou aux  intervenants le sont toutes " à charge",laissant présumer la culpabilité d'un père.
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Les membres du Parlement doutent cependant..dix séances seront nécessaires et sur 13 voix, 8 demanderont la condamnation à mort.
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Cependant, comme la procédure ne contient pas de PREUVE IRREFUTABLE de  culpabilité,Jean CALAS sera également condamné à la question préalable.
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L'arrêt de condamnation sera rendu le 9 Mars 1762
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Il fait froid en ce matin du 10 mars 1762 à TOULOUSE:Jean CALAS est revêtu d'une simple chemise qui ne le protège pas des morsures du gel.

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Il clame son innocence malgré les souffrances qu'il endure lors la question ordinaire ( par étirement) et extraordinaire (par l'eau).

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L'après midi,il est amené dans  un chariot devant une  église de Toulouse ; il tient entre ses mains une torche de cire jaune ,s'agenouille et doit demander pardon à Dieu au Roy et à la Justice.( pour un crime qu'il n'a point commis! petit aparté personnel)

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Sur la place Saint GEORGES,un échafaud a été dressé ;la foule, avide de spectacle morbide ,se presse.On entend le bruit que font les roues du chariot sur la rue pavée menant à la Place.


Le bourreau est là et se remémore les instructions énoncées dans l'arrêt de condamnation:il doit rompre les bras,les jambes et les cuisses du condamné.

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Jean CALAS est ensuite exposé sur  la roue, la face tournée  vers le ciel.

 

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..Il attend la mort qui mettra fin à son supplice;son confesseur le Père BOURGES est près de lui; il lui demande s'il n'a pas froid car lui a froid.Il lui fait même une requête:une des jambes brisées par le bourreau est repliée sur la roue et  ces "tiraillements" (sic)le font souffrir atrocement.Pourrait-on la déplier?


L'exécuteur acceptera.

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Jusqu'au terme de ce supplice,Jean CALAS clame son innocence!!!Il demande que l'on pardonne à ses juges!!

 

Il expire enfin et son corps est brûlé sur un bûcher dressé sur la place.Les cendres seront dispersées au vent d'Autan.

 

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(A suivre)

 

11.03.2012

ERREUR JUDICIAIRE(suite)

A TOULOUSE, AU SIECLE DES LUMIERES.

 

 

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Jean CALAS écrasé de douleur, défait le garrot étranglant Marc-Antoine;comme il  le chérissait ce fils bien qu'il lui reprochât parfois de consacrer trop de temps à jouer au billard au détriment de ses études.

A la demande de son père,Pierre court prévenir un ami de la famille, à une centaine de mètres de chez eux dans le quartier de la BOURSE (aparté:où siège leTribunal de commerce à l'heure actuelle,place de la BOURSE).

Il faut agir vite,prévenir les hommes de Loi,mais surtout taire qu'il s'agit d'un suicide,sinon le déshonneur frapperait la famille!

Ensuite,il faut absolument prévenir le Capitoul ( magistrat)

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(Capitoul,à l'époque de l'affaire CALAS)
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, son greffier,un assesseur.

Pendant ce temps au 50 rue des Filatiers

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un attroupement se forme;un fanatique affirme que Marc-Antoine devait se convertir au caholicisme le lendemain,un autre prétend qu'il est d'usaghe chez les parents protestants d'étrangler leurs enfants s'ils manifestent leur volonté de conversion;d'ailleurs Gaubert LAVAISSE,ce jeune étudiant bordelais hôte de la famille, n'est-il pas venu es qualité de " bourreau" pour accomplir ce rite?

Une passante a entendu des cris provenant de la maison:ce ne peut être que l'appel à l'aide de Marc-Antoine;une autre a entendu" Au voleur" alors qu'il ne s'agissait que du cri de douleur du père" Ah,mon Dieu".

et patati et patata ...

Alerté par ces clameurs, le Capitoul se vêt à la hâte et arrive rue des Filatiers avec 40 soldats.

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Deux médecins qu'il fait mander procèdent aux premières investigations médico-légales sur le cadavre..Aucune trace de meutrissures ne laisse présager qu'il y a eu lutte...


Ils ne prennent pas le temps d'établir un rapport écrit et communiquent le résultat de leurs investigations oralement.

Le Capitoul , négligent,considère que les quelques lettres trouvées dans la poche de la veste de Marc-Antoine sont des"papiers inutiles"!.Le fait que certains vêtements de Marc-Antoine soient soigneusement pliés et posés  sur un meuble n'interpelle pas son attention!D'ailleurs il n'ordonne aucune perquisition!!!!!!!!!!

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Sur son ordre , toute la famille CALAS,la servante et le jeune Gaubert sont amenés à la prison du Capitole.

Il fait froid dans les cachots, seul celui des femmes est éclairé.

Jean CALAS, voulant taire l'acte suicidaire de son fils chéri, va parler de meurtre d'un rôdeur...ce qui le perdra!

En effet, comment un meurtre aurait-il pu se produire alors que la porte d'accès à l'immeuble était fermée à clef, et qu'aucune effraction n'a été constatée?le meurtrier ne pouvait dès lors  être que...Jean CALAS.

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Le Capitoul,peu respectueux de la forme, rédige un procès-verbal qu'il antidate d'une journée!alors qu'il le rédige en présence de témoins à l'Hôtel de Ville,il prétend l'avoir établi chez les CALAS!!

Un "expert",qui n'est autre que le "bourreau"(!) se rend 50 rue des Filatiers accompagné du Capitoul et  de sa " suite" pour vérifier s'il est possible ou non qu'un homme puisse se pendre aux deux battants de la porte du magasin..sa réponse est "non"!Il n'argumente pas, ce n'est pas son "fort".

le chirurgien LAMARQUE,dans un de ses rapports écrits,va jusqu'à prendre l'oeil droit pour l'oeil gauche.

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Autant d'invraisemblances...

 

 

Le Parlement se saisit de cette affaire ,

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et,après  s'être rétiré dans le salon doré pour délibérer,
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casse la décision des capitouls!
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( à suivre)
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(Photos perso  ou extraites du livre:"Cinq siècles de Justice à Toulouse")
 
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