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16.05.2008
LE TEMPS
DES CERISES...A CERET...ou le plaisir des sens.
(Jean Sébastien BACH)
Si vous désirez connaître le début de l'histoire, merci de vous égarer sur ma note "les couleurs du temps"..
OUi,nous avons balayé d'un revers de bonne humeur les outrages du temps capricieux...
Quel plaisir que notre visite à CERET!
Collioure et Céret avec les peintres
L'herbe a été coupée à ras de terre. Les cerisiers plantés en rangs, innombrables et opulents, courants en plaine, montent à l'assaut des collines boisées de chênes-lièges et de chênes verts. Des champs mordorés, balayés par le vent, parvient une odeur de foin sec. Le bleu du ciel, vif et incisif, contraste avec le vert sombre d'une végétation gorgée de soleil. Adossée au massif des Albères, au pied de la vallée du Vallespir, Céret (Pyrénées-Orientales) somnole, repue et sereine, à l'abri de la tramontane, bercée par le craquettement des cigales. Au loin, le Canigou, montagne sacrée des Catalans, imposante et souveraine, a bien du mal elle aussi à sortir de la brume qui l'enveloppe depuis la fin de la matinée.
Le déjeuner perdure. Le soleil effleure à peine le haut des façades des maisons aux tons ocre et brun. Dans ces paysages simples et condensés, il fait bon vivre. "La Mecque du cubisme", comme la surnomma le poète et critique d'art André Salmon au début du XXe siècle, foisonne de perspectives.
"Picasso, Braque et bien d'autres artistes du XXe siècle comme Masson, Gris, Herbin, Picabia, Chagall - pour ne citer que les plus célèbres - ont trouvé à Céret une quiétude idéale pour travailler", rappelle Joséphine Matamoros, directrice du Musée d'art moderne de la ville, gardien de quelques-unes de leurs plus belles toiles, dessins et sculptures, voire céramiques pour Picasso. Soutine, qui y vécut trois ans, en tira l'expressionnisme violent, dense et véhément, si propre à son oeuvre.
Effectivement, au grand jour, masses des platanes, fenêtres longilignes avec vue, jambes de ponts ou d'aqueducs, route qui serpente à l'assaut d'une montagne ou troncs rouge sang de chênes-lièges dont on vient de lever l'écorce frappent le regard qui les frôle par la force concentrée de leurs compositions et de leurs couleurs.
S'attacher à une ville est une histoire de rencontres, liées pour cette cité catalane à un environnement naturel et humain sans artifices et à un musée digne des plus grands. "Céret n'est pas une ville de villégiature", souligne Mme Matamoros, née de l'autre côté de la frontière, en Catalogne espagnole, et élevée dans ces paysages des Albères, nourriciers et sauvages. "Elle est, affirme Mme Matamoros, une cité vivante où l'aspect festif, à travers les fêtes, les foires et les corridas, demeure important", et où l'activité agricole donne un goût aux saisons. Les cerises sont les premiers fruits de l'année et les châtaignes les derniers.
"La ville n'a pas changé ni dans son architecture ni dans sa forme profonde de vie, poursuit-elle. L'atelier de la maison Delcros que louait Picasso est toujours là, en location comme au début du siècle.
La tradition musicale y tient également, toujours, une place importante. Elle a donné lieu à la création du Centre international de musique populaire qui organise chaque année le Festival de la Sardane."
La création artistique impulsée au début du XXe siècle par le sculpteur catalan Manolo Hugué, proche de Picasso, et ses amis, l'artiste et collectionneur Frank Burty Haviland et le compositeur Déodat de Séverac, se prolonge aujourd'hui à travers le musée et d'autres artistes tel Jacques Capdeville, Cérétan de naissance. Dali, Tapiès, Miro, Serra, Vialla, Ben, Buren... Pas un passage sans que les collections en portent la trace et sans qu'expositions permanentes et temporaires ne rappellent les séjours à Céret et dans la région des plus grands noms de l'art moderne ou contemporain.
"L'aventure cubiste ne pouvait avoir lieu qu'à Céret pour Picasso, comme l'aventure fauve qu'à Collioure pour Matisse, le rival", souligne Mme Matamoros.Christine Coste
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