08.12.2009

TETE A TETE.

 

 

Il était  là, petit prince triste, assis dans un fauteuil bien trop grand .

Les poings serrés sur les genoux comme pour retenir un désespoir s'ouvrirent alors libérant deux petites mains, les mains tendres de l'enfance.

Sur mon bureau, le plumier devint jouet, une voiture qu'il manoeuvrait d'un geste automatique, allant de droite à gauche et de gauche à droite.

Vroom, vroom.

Enfin l'enfant qui avait tû jusque là le secret qui mangeait son âme comme l'ogre mange les  enfants,se libéra:

Quand je suis en voiture avec Papa,il me dit:"si au bout de 3 tu ne dis pas "Ma mère est une conne"je fonce dans le fossé.

Un, deux, trois...

ET L'ENFANT DIT.

°°°

°°

°°

19.11.2009

Un bel hommage

Lundi soir  Canal + diffusait un excellent documentaire sur le fonctionnement de la justice, "JUSTICE SOUS TUTELLE".

 

Il y a bien longtemps qu'un reportage d'une telle qualité n'avait été tourné.Aucune complaisance.

 

Rediffusé le 20 Novembre à 10h40: je ne peux que vous recommander de le regarder ( ou de l'enregistrer)

Nous  avons  souvent une vision fausse ( plus exactement faussée) de la justice, vision déformée par le prisme des médias.

Notre jugement perd en acuité.

 

"La justice est lente ",la Justice est...

 

Allons plus loin.

 

Porter un jugement, c'est d'abord une démarche de compréhension et ce reportage nous invite à cette démarche.

 

Reportage sans complaisance.

 

En découvrant  les arcanes de cette institution, vous pourrez alors "porter" ce jugement.

 

Triste réalité que ces jeunes magistrats sortis frais émoulus de l'Ecole Nationale de la Magistrature:

 

balancés juges d'instruction ( tiens "IL VA "disparaitre alors qu'il est le garant de l'indépendance!), alors que leur expérience de la vie sent encore le lait maternel.

 

Progrès:Lors du discours d'accueil de la nouvelle promotion, fini les habits d'apparat( hermine et tout le saint frusquin quin quin),des propos qui se veulent plus près de l'homme:"Vous n'êtes pas la LOI";ce soir là j'étais ravie...jusqu'au dérapage  du discours lorsque j'entends:"Vous êtes l'élite."(ou " vous faites partie de l'élite":je cite de mémoire)

 

Ce fut dur à avaler.

 

Le témoignage sur le  formatage contre lequel s'insurge un magistrat ayant donné sa démission ( fait extrêmement rare et courageux ) est lourd d'enseignement.

 

 

Triste réalité ce ces juges qui plient sous la masse de dossiers ( le reportage sur le juge des enfants était " éloquent de vérité).

 

Triste réalité que l'ambition carriériste ..l'Indépendance en prend un sacré coup.

 

Triste réalité que ces audiences dites de comparution immédiate où sont jugés "le jour même" les délits ( jugements rendus le plus souvent en fin d'audience par un juge qui a siégé plus de 10 heures!!)

 

Triste réalité, bien triste réalité.

 

 

.et un bain de dérision que le spectacle donné par les magistrats membres du Syndicat de la magistrature:"je fais confiance à la justice de mon pays" (tiens,il me semble l'avoir entendue quelque part cette phrase..-petit aparté- une manière d'esquiver les  questions embarrassantes), pastiche de l'émission de JP FOUCAULT " Qui veut gagner des échelons."

 

Oui, un reportage de grande qualité.Ne restons pas aveugles.

 

 

 

Mise en évidence de notre budget pitoyable.

 

Puisque je suis amenée  aujourd'hui à m'exprimer sur le thème de la justice,c'est avec émotion que je vous livre le plus bel hommage qui ait été rendu récemment à un jeune avocat toulousain parti " trop tôt". Pour moi, tout un symbole.

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"Comme tant d'autres,j'ai été bouleversé par la mort de Maîter F.V que j'ai bien connu lorsque j'étais,à la fin des années 1990,magistrat pénaliste à TOULOUSE.


Je garde aujourd'hui le précieux souvenir d'un avocat engagé, désintéressé,proche des plus faibles,doté d'une sensibilité à fleur de peau,d'une force de conviction peu commune et qui "ne lâchait rien"

Avec ses longs cheveux,il me faisait penser à un mousquetaire sans peur ni connivence avec quiconque, qui aimait à ferrailler avec le ministèrepublic et le code de procédure pénale.

Dans les dossiers les plus difficles,voire les plus odieux,il faisait émerger ce que son client conservait d'incontestable humanité et savait user sans abuser de la notion de déterminisme social.

 

A l'heure du droit des affaires triomphant,des statistiques judiciaires vouées au rendement,il avait la magnifique faiblesse de croire en l'homme et dans la force de la Loi"....

F.R.

 

 

 

Arrêtez vous un instant sur cette note,même si vous n'avez pas l'habitude de me lire.

 

Et...réfléchissez.

 

 

 

 

 

01.05.2009

PORTES...

 

 

Elle était arrivée. Son regard fixait la grande porte en métal gris qui était à portée de main.Elle se souvenait de  ces petits groupes rassemblés devant cette même porte,des femmes essentiellement ;mais elle, elle passait son chemin, laissant derrière elle ces files d’attente silencieuses.

 

 

 

Son cœur battait et elle hésita un instant avant d’appuyer sur la sonnette.C’était la première fois….

 

 

Puis,un bruit sec,celui d’une petite lucarne encadrant le haut d’un visage…

 

 

La porte s’ouvrit sur une cour pavée qu’elle traversa ,martelant le sol de ses pas comme pour mieux affirmer une autorité dont elle était dépossédée ;le sol était gris,luisant.

 

 

Elle avisa alors une sorte de petite loge,le « poste frontière », le «  passage obligé ».

 

 

Les formalités d’usage accomplies,elle se présenta devant une grille de couleur beige délavé,témoignant de  l’écoulement du temps.Elle n’avait jamais vu, si ce n’est dans les films,une « porte » avec des barreaux aussi épais et une serrure aussi grande.

 

 

Un homme en uniforme lui  ouvrit cette porte qui la plongea dans un autre monde ,un monde d’échos :des cris ,brefs , des bruits de porte,de clefs.

 

 

IL allait bientôt être devant elle ;elle fixait avec une anxiété qu’elle avait du mal à dissimuler une porte massive, sur sa droite, en chêne, barrée par de longues pièces de métal noir.

Elle ne maîtrisait plus la cadence de son cœur; ses mains devenaient de plus en plus moites.

 

 

Un bruit de clef, proche et elle LE vit :ce qui la frappa, ce fut ce visage mince,extrêmement pâle faisant ressortir le bleu des yeux ;curieusement, elle pensa à une tête de reptile.. .

 

 

Connaissant le parcours de cette vie venue s’échouer dans un univers déshumanisé,elle redoutait leur premier entretien, car il était « un DUR ».

 

Oui, il lui parut glacial.

 

Elle appréhendait leur tête à tête dans cet espace restreint que l’on appelait « parloir ».

 

 

Assise en face de LUI, elle lui tendit un paquet de cigarettes et commença alors leur long entretien ;l’anxiété l’avait quittée ;ce n’était plus le braqueur de banques redouté, mais un HOMME, avec sa fragilité d’Homme.

 

 

Elle fut bien sûr amenée à le revoiret apprit par le canard local qu’une tentative d’évasion venait d’échouer..

Deux jours après, elle franchit  le grand escalierde l’HOTEL DIEU pour se retrouver devant une porte en métal bleu marine encadrée par deux policiers en faction.

Il était là, sur un lit d’hôpital,le haut du corps plâtré à la suite d’une fracture de la clavicule..

 

Ce fut de nouveau un long entretien.

 

 

Quelques années passèrent. 

 

 

 

Dans sa boite aux lettres, elle découvrit une enveloppe de couleur rose, parfumée. A l’intérieur,une carte, rose également,avec un nouveau- né dessiné et quelques mots ,chaleureux,de félicitations.

Dans son univers carcéral,il avait appris la naissance sa fille.

 

 

La porte se referma sur cet épisode de vie …mais les bruits , les premiers bruits résonnèrent longtemps…écho de sa première visite.

 

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(Photos internet-Maison d'Arrêt de Toulouse)



 

 
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