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23/05/2012

PORTES..

J'avais décidé il y a quelque temps,encouragée en celà par l'amie Miche, d'ouvrir les portes d'un univers un peu méconnu et souvent  déformé par le prisme des médias.

 

Croyez bien que la note qui va suivre n'est pas l'expression d'une quelconque vanité mais le témoignage d'un engagement ,d'un parcours jalonné de souffrances,de lueurs d'espoir,.Des souvenirs émergent ,entrelac de  bruits,de couleurs,de formes..

 

.

J 'ai toujours pensé qu'une source n'était jamais définitivement tarie et que parfois un filet d'eau rédempteur pouvait de nouveau s'écouler..

 

 

 

***

**

 

Elle était arrivée. Son regard fixait la grande porte en métal gris qui était à portée de main.

 

justice,prison

 

Elle se souvenait de  ces petits groupes rassemblés devant cette même porte,des femmes essentiellement ;mais elle, elle passait son chemin, laissant derrière elle ces files d’attente silencieuses.

****

 

 

justice,prison

 

 

 

 ***

**

 

Son cœur battait et elle hésita un instant avant d’appuyer sur la sonnette.C’était la première fois….

 

 

Puis,un bruit sec,celui d’une petite lucarne encadrant le haut d’un visage…

 

 

La porte s’ouvrit sur une cour pavée qu’elle traversa ,martelant le sol de ses pas comme pour mieux affirmer une autorité dont elle était dépossédée ;le sol était gris,luisant.

 

 

Elle avisa alors une sorte de petite loge,le « poste frontière », le «  passage obligé ».

 

 

Les formalités d’usage accomplies,elle se présenta devant une grille de couleur beige délavé,témoignant de  l’écoulement du temps.Elle n’avait jamais vu, si ce n’est dans les films,une « porte » avec des barreaux aussi épais et une serrure aussi grande.

 ****

 

justice,prison

 

 ****

 

Un homme en uniforme lui  ouvrit cette porte qui la plongea dans un autre monde ,un monde d’échos :des cris ,brefs , des bruits de porte,de clefs.

 

 

IL allait bientôt être devant elle ;elle fixait avec une anxiété qu’elle avait du mal à dissimuler une porte massive, sur sa droite, en chêne, barrée par de longues pièces de métal noir.

Elle ne maîtrisait plus la cadence de son cœur; ses mains devenaient de plus en plus moites.

 

 

Un bruit de clef, proche et elle LE vit :ce qui la frappa, ce fut ce visage mince,extrêmement pâle faisant ressortir le bleu des yeux ;curieusement, elle pensa à une tête de reptile.. .

 

 

Connaissant le parcours de cette vie venue s’échouer dans un univers déshumanisé,elle redoutait leur premier entretien, car il était « un DUR ».

 

Oui, il lui parut glacial.

 

Elle appréhendait leur tête à tête dans cet espace restreint que l’on appelait « parloir ».

 

 

Assise en face de LUI, elle lui tendit un paquet de cigarettes et commença alors leur long entretien ;l’anxiété l’avait quittée ;ce n’était plus le braqueur de banques redouté, mais un HOMME, avec sa fragilité d’Homme.

 

 

Elle fut bien sûr amenée à le revoir et apprit par le canard local qu’une tentative d’évasion venait d’échouer..

Deux jours après, elle franchit  le grand escalier de l’HOTEL DIEU pour se retrouver devant une porte en métal bleu marine encadrée par deux policiers en faction.

Il était là, sur un lit d’hôpital,le haut du corps plâtré à la suite d’une fracture de la clavicule..

 

Ce fut de nouveau un long entretien.

 

 

Quelques années passèrent. 

 

 

 

Dans sa boite aux lettres, elle découvrit une enveloppe de couleur rose, parfumée. A l’intérieur,une carte, rose également,avec un nouveau- né dessiné et quelques mots ,chaleureux,de félicitations.

Dans son univers carcéral,il avait appris la naissance sa fille.

 

 

La porte se referma sur cet épisode de vie …mais les bruits , les premiers bruits résonnèrent longtemps…écho de sa première visite.

 

***

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medium_prison.jpg
 
 
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(Photos: Maison d'Arrêt de Toulouse)
 
 
 
 
(J'ai régardé récemment le film "un prophète")et j'ai retrouvé ces bruits que l'on n'oublie pas)



 

11:48 Publié dans justice | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : justice, prison

14/12/2010

LA BUCHE D'AGNES...

 OU UN COEUR " gros comme ça."(expression empruntée à l'ami Gérard (CHAP) qui ne pouvait trouver meilleure définition à la lecture de cette note).

***

**

*

 

"Allo,Elisabeth ? D’accord pour le 24, comme d’habitude,à l’entrée du parking de LIDL ?Vous savez que vous êtes toujours dans mon coeur".

 

-OK,Agnès ;je vous embrasse

°°

°

 

Elle était arrivée 25 années plus tôt, déposant sur mon bureau son ballot de souffrance.

 

Une Agnès ,très soignée,portant tunique longue pour dissimuler des rondeurs dûes à quelques excès de table ,un visage poupin où la gentillesse avait inscrit ses marques,les joues légèrement fardées ,peut-être un peu trop rouges,le verbe un peu saccadé par une violente émotion ,un rire parfois nerveux , un regard un peu triste venant démentir la joie affichée.

 

Raconter 20 années de vie conjugale n’est pas exercice aisé.

 

 

 

20 années de gentillesse exploitée .

 

 

Un mari que les cheveux grisonnants ont rendu plus charmant .Trop.

 

Et elle qui s’arrondissait..Il préfèrait les minces.

 

Elle s’accroche Agnès ,à son unique bien, une villa » Malardeau » ;20 ans d’échéances à venir,20 ans d’un sacrifice renouvelé .

 

C’est son seul bien ,son repère affectif,son port d'attache.

 

Cela ne va pas être facile  ;elle le sait.

 

Elle qui a consacré sa vie à mitonner de bons petits plats ,à "briquer" les meubles vernis de sa maison,, va travailler comme une «  folle », malgré ses genoux épais déformés par l'arthrose. 

 

Vendeuse, Agnès. Debout, toute la journée.

 

Pas un enfant pour la soulager .

 

Les miens, elle les a "vus "grandir ;quelques photos dans mon bureau .

 

 

Chaque année, le 24 Décembre ;ils demandent :on va manger la bûche d’Agnès ?

 

Une bûche magnifique, au chocolat et aux marrons,avec une foule de joyeux lutins verts et rouges pour la décorer.

 

Et ce matin du  11 décembre 2010,le même appel :

 

-"Allo Elisabeth,devant le parking de LIDL ?"

 

°°

°°

 

Oui, Agnès, depuis 25 ans,nous mangeons votre bûche.

 

Merci Agnès,parce que vous faîtes partie de ces personnalités qui m’ont tellement fait aimer ma profession,de ces souvenirs chargés d'affection que n'oblitère pas le temps.

 

(Je promets à mes lecteurs de prendre une photographie de la bûche le 24 décembre prochain).

 

 

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 logo barreau.jpg

08:42 Publié dans justice | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : justice

01/05/2009

PORTES...

 Je tiens à remercier chaleureusement ceux qui ont laissé un com sous la note "LE JOURNAL" faisant partie de la rubrique " justice" et qui m'ont encouragée à poursuivre dans cette voie.

 

Oui, j'ai décidé, exhortée en cela  par Miche, d'ouvrir les portes d'un univers un peu méconnu et souvent  déformé par le prisme des médias.

 

Croyez bien que les notes qui suivront ( à un rythme que je n'ai pas défini) ne seront pas l'expression d'une quelconque vanité mais le témoignage d'un engagement .Des souvenirs effleurent souvent,des bruits,des couleurs,des formes...

 

Ce matin ,en faisant du rangement dans mes papiers ( je suis un peu désordonnée il est vrai ) je suis tombée sur  une carte de voeux particulière,représentant la Maison d'Arrêt de VERSAILLES où mon frère aîné allait dispenser ses cours  d'histoire -géographie ( à FLEURY-MEROGIS également),en plus de l'enseignement dans l'établissement scolaire où il était détaché. 

°°°

°°

°

prison.jpg

 

Aussi ai-je cru utile de reproduire une note précédemment éditée.

 

C'était un humaniste mon frangin et je lui dédie ces quelques lignes qui parviendont ,je l'espère ,jusqu' à son étoile.

 

Comme lui j'ai toujours pensé qu'une source n'était jamais définitivement tarie et que parfois un filet d'eau pouvait de nouveau s'écouler..

 

La rédemption j'y ai toujours cru.

 

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Elle était arrivée. Son regard fixait la grande porte en métal gris qui était à portée de main.Elle se souvenait de  ces petits groupes rassemblés devant cette même porte,des femmes essentiellement ;mais elle, elle passait son chemin, laissant derrière elle ces files d’attente silencieuses.

 

 

 

Son cœur battait et elle hésita un instant avant d’appuyer sur la sonnette.C’était la première fois….

 

 

Puis,un bruit sec,celui d’une petite lucarne encadrant le haut d’un visage…

 

 

La porte s’ouvrit sur une cour pavée qu’elle traversa ,martelant le sol de ses pas comme pour mieux affirmer une autorité dont elle était dépossédée ;le sol était gris,luisant.

 

 

Elle avisa alors une sorte de petite loge,le « poste frontière », le «  passage obligé ».

 

 

Les formalités d’usage accomplies,elle se présenta devant une grille de couleur beige délavé,témoignant de  l’écoulement du temps.Elle n’avait jamais vu, si ce n’est dans les films,une « porte » avec des barreaux aussi épais et une serrure aussi grande.

 

 

Un homme en uniforme lui  ouvrit cette porte qui la plongea dans un autre monde ,un monde d’échos :des cris ,brefs , des bruits de porte,de clefs.

 

 

IL allait bientôt être devant elle ;elle fixait avec une anxiété qu’elle avait du mal à dissimuler une porte massive, sur sa droite, en chêne, barrée par de longues pièces de métal noir.

Elle ne maîtrisait plus la cadence de son cœur; ses mains devenaient de plus en plus moites.

 

 

Un bruit de clef, proche et elle LE vit :ce qui la frappa, ce fut ce visage mince,extrêmement pâle faisant ressortir le bleu des yeux ;curieusement, elle pensa à une tête de reptile.. .

 

 

Connaissant le parcours de cette vie venue s’échouer dans un univers déshumanisé,elle redoutait leur premier entretien, car il était « un DUR ».

 

Oui, il lui parut glacial.

 

Elle appréhendait leur tête à tête dans cet espace restreint que l’on appelait « parloir ».

 

 

Assise en face de LUI, elle lui tendit un paquet de cigarettes et commença alors leur long entretien ;l’anxiété l’avait quittée ;ce n’était plus le braqueur de banques redouté, mais un HOMME, avec sa fragilité d’Homme.

 

 

Elle fut bien sûr amenée à le revoiret apprit par le canard local qu’une tentative d’évasion venait d’échouer..

Deux jours après, elle franchit  le grand escalierde l’HOTEL DIEU pour se retrouver devant une porte en métal bleu marine encadrée par deux policiers en faction.

Il était là, sur un lit d’hôpital,le haut du corps plâtré à la suite d’une fracture de la clavicule..

 

Ce fut de nouveau un long entretien.

 

 

Quelques années passèrent. 

 

 

 

Dans sa boite aux lettres, elle découvrit une enveloppe de couleur rose, parfumée. A l’intérieur,une carte, rose également,avec un nouveau- né dessiné et quelques mots ,chaleureux,de félicitations.

Dans son univers carcéral,il avait appris la naissance sa fille.

 

 

La porte se referma sur cet épisode de vie …mais les bruits , les premiers bruits résonnèrent longtemps…écho de sa première visite.

 

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(Maison d'Arrêt de Toulouse)



 

11:11 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : justice, prison

 
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